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Le pardon....

indiantigre
27/09/2014 21:26:00
- Vous avez, en règle générale, une idée erronée de ce qu’est le pardon, liée aux projections subtiles et trompeuses de l’ego-mental. Vous vivez dans un monde où ce qui prédomine n’est pas la tolérance, ni la compassion, mais l’agressivité et la cruauté, lesquelles vous influencent et vous affectent. Lorsque vous commettez des erreurs, le schéma de l’autopunition et de la disqualification s’active, tel un mécanisme que l’ego utilise en vue d’obtenir le pouvoir et le contrôle sur vous. Vous développez de cette façon des attitudes négatives, destructives et agressives envers vous-mêmes ainsi que les autres. Cette attitude est très dangereuse, tel un stigmate sur votre conscience que vous transportez vie après vie.

Le pardon n’est pas un acte mécanique à utiliser inconsciemment devant des situations conflictuelles et des agressions extérieures que vous pouvez subir des autres et de l’environnement. Pardonner n’est pas un acte de sous-estimation ni de servilité par lequel vous vous soumettez à l’ego de la personne que vous avez offensée ou à l’erreur commise. Pardonner est un acte de générosité, d’affection et d’amour qui, lorsqu’il est utilisé, engendre bien-être, harmonie et pouvoir intérieur. Vous êtes habitués à utiliser des paradigmes défensifs dans vos relations interpersonnelles, tel un moyen de protection contre les soi-disant agressions et souffrances en provenance de l’extérieur. Ces paradigmes, ces attitudes, sont des projections égocentriques qui vous affaiblissent psychologiquement et émotionnellement, car ils interfèrent dans la communication entre votre Être supérieur et votre ego-mental. La conséquence de cette interférence est que votre Être supérieur ne peut pas installer les codes d’évolution spirituelle qui génèrent conscience et sensibilité envers les circonstances ainsi que la vie elle-même.

Pardonner est synonyme de compassion, favorisant la compréhension des aspects-ombre de votre vie qui bloquent votre croissance spirituelle et que l’ego utilise pour vous affaiblir par la peur, le sentiment de toute-puissance et l’insensibilité. Du fait de votre conditionnement dans les plans de la rectification spirituelle, vous avez développé ce concept que le pouvoir réside dans le contrôle, la manipulation et l’exploitation de l’environnement et des autres. L’intellect ainsi que le raisonnement sans discernement spirituel sont des outils de l’ego-mental qui vous poussent à développer une vision dramatique et craintive de la vie et des circonstances. C’est pourquoi quand vous interagissez avec les autres, vous projetez inconsciemment la personnalité de l’ego qui est toujours sur la défensive et cache sa vulnérabilité sous le masque de la supériorité, la vanité et l’automystification.

Tous les traumatismes, conflits et ancrages qui sont les vôtres sont le produit des erreurs commises dans des vies passées, erreurs qui se manifestent dans celle présente et entraînent anxiété, peur, frustration et autres virus mentaux érodant votre stabilité psychique et émotionnelle. L’erreur est un conditionnement des plans de la rectification spirituelle comme la Terre, et vous ne devez pas l’utiliser en vue de vous flageller, mais pour vous pardonner sans tomber dans l’autosatisfaction ni l’automystification. L’imperfection est une facette inhérente au processus de transformation spirituelle et elle ne doit pas être un motif de découragement ni de frustration. Le problème réside dans le fait que l’ego-mental ou la projection-ombre de votre Être essentiel n’accepte pas ce conditionnement, car cela porterait atteinte à son pouvoir et à son contrôle sur vous. Lorsque vous développez la vision du pardon en tant que chemin d’évolution spirituelle, vous êtes en accord avec le courant du pouvoir, de la force et de la transformation intérieure. Se pardonner et pardonner aux autres ne signifie pas s’auto-mystifier et continuer à commettre les mêmes erreurs, mais en être conscients et découvrir le schéma psychologique et émotionnel qui vous pousse à cela.

Le refus, l’ingérence ou l’autopunition ne sont pas les dispositifs appropriés pour transmuter les ombres de l’ego qui activent les viles passions ainsi que les émotions agressives et négatives, éclipsant votre perception de la vie et votre sensibilité spirituelle. Le pouvoir du pardon est une attitude de transformation qui renforce la sagesse et la conscience de vos limitations et imperfections et vous donne les moyens et les clés pour les affronter avec dignité, compassion et générosité. La société moderne, fondée sur des valeurs destructrices et involutionnistes, encourage les attitudes agressives et destructrices, dispositif pour développer le contrôle de la vie et des circonstances. Ce qui, au lieu de produire harmonie et paix intérieure, génère anxiété, frustrations et souffrance dans l’humanité.

Chaque fois que vous utilisez le pouvoir du pardon, vous êtes conscients de vos limitations et imperfections, renforçant ainsi votre sensibilité ainsi que la perception harmonieuse et généreuse de la vie, ce mécanisme qui collabore avec vous pour vous aider à croître spirituellement. Pardonner est un acte d’amour, de générosité, que vous manifestez quand vous acceptez les adversités et les défis que la vie et l’univers vous “offrent” afin que vous mûrissiez et que vous vous débarrassiez des tendances de l’ego mental. Quand vous acceptez les circonstances comme un mécanisme de croissance personnelle et une manifestation du pouvoir créatif de Dieu, vous développez la générosité, la compassion et l’amour envers vous et les autres. Les émotions et sentiments négatifs qui sont parfois les vôtres sont produits par l’ego-mental qui vous empêche d’accepter vos limitations et de comprendre que vous vivez sur un plan où l’erreur est la tendance dominante. Si l’erreur n’existait pas, vous ne pourriez pas chercher ni apprécier la perfection existant dans votre Être Supérieur et qui est doté du pouvoir du pardon, la manifestation la plus sublime et puissante de l’amour et de l’affection.

Chaque fois que vous utilisez le pouvoir du pardon vous affaiblissez l’ego-mental qui se cache sous les masques de l’intolérance et de l’agressivité, lesquelles vous enchaînent à l’inconscience ainsi qu’à la souffrance. Le pardon, en plus d’être une attitude, est un acte d’être, sentir et aimer qui a le pouvoir de diluer la confusion, le chaos et l’agressivité qu’il y a en votre for intérieur. Le pardon est le reflet de la conscience divine qui vibre en accord et en synergie avec les lois cosmiques et le Créateur. Pardonner n’est pas seulement un acte mental, il vous faut en outre libérer les émotions négatives qui ont provoqué en vous la souffrance et la douleur. Le pardon ne s’étend pas seulement aux personnes pouvant vous causer de la souffrance ou des inconvénients, mais aussi aux sentiments de ressentiment et d’agressivité inconscients et cachés que vous n’exprimez pas ouvertement. Pour pardonner il faut se mettre sur le plan de la compréhension que vous faites tous partie du même programme d’évolution et qu’il existe une interrelation ainsi qu’une interdépendance entre vous.

À travers le pouvoir du pardon vous comprenez que tout le monde a de bonnes qualités et, comme vous, cherche à s’exprimer librement ainsi qu’à ressentir l’amour et le bonheur dans sa vie. Le pardon ne s’utilise pas seulement afin de prendre conscience de ses limitations et imperfections, mais afin de comprendre que la prospérité, la paix et l’harmonie dépendent de la grâce divine, ce qui implique d’accepter les lois divines sans les transgresser. Le pouvoir du pardon vous aide à voir vos vertus et vos défauts comme des outils vous permettant de dissoudre les aspects de votre vie qui sont disharmoniques et qui bloquent votre vision ainsi que votre sensibilité spirituelle. L’insécurité dont vous témoignez fréquemment est une manifestation de votre refus d’accepter vos limitations, d’accepter que les circonstances ne sont pas sous votre contrôle. Les craintes, frustrations et anxiétés qui vous harcèlent sans cesse sont une expression de l’ego qui vous empêche de percevoir que les erreurs sont la conséquence de la non-acceptation de votre vulnérabilité devant la vie et les circonstances. Cela vous empêche d’utiliser le pardon pour le comprendre et vous aligner sur votre processus évolutif sans opposer de résistance et en pleine acceptation.

Les luttes intérieures, les crises qui sont les vôtres, sont la conséquence de votre peur de vous pardonner et comprendre que la vie à un dessein que vous ignorez, raison pour laquelle vous souffrez. La résistance au changement est un autre symptôme de votre non-utilisation du pardon comme voie de transformation vous donnant la force et les moyens de la mener à bien. Sans le pouvoir du pardon vous ne pouvez pas vous accorder avec la vie, cette manifestation de la grâce et de la générosité du Créateur envers vous afin que vous découvriez votre nature divine et immortelle. Vous êtes les enfants de l’amour, de la beauté et de la compassion, et cela implique de connaître la valeur du pardon et de l’utiliser lorsque les circonstances sont défavorables et que les personnes vous harcèlent sans raison apparente.

Le jeu de l’évolution dans son entier repose sur le pouvoir du pardon lorsque vous ressentez le besoin de résoudre vos conflits et de transformer les schémas conceptuels et comportementaux qui génèrent agressivité, souffrance et crainte dans votre vie et celle des autres. Le pardon signifie ne pas réagir devant les conduites discordantes des autres par les représailles et le ressentiment, mais par la tolérance qui suppose de comprendre que tout est circonstanciel et fait partie de votre évolution spirituelle. Vous développerez de cette façon graduellement la sagesse, la paix, l’harmonie et l’amour dans votre vie, et l’abondance et la prospérité spirituelle seront toujours à votre disposition. Pardonner est l’acte le plus puissant, illuminateur et transformateur que Dieu vous a accordé pour que vous sentiez que vous faites partie du jeu cosmique de l’évolution et que tout a un but positif et constructif.

***

A un niveau personnel, non seulement on peut toujours pardonner, mais on doit le faire. Beaucoup sont réticents au pardon du mal fait à autrui, pourtant il faut l’envisager en termes d’harmonie sociale. La société n’a nul besoin d’une absolution teintée d’indulgence, d’insouciance, ou pire encore, entachée d’une ambigüité qui confine à l’approbation. Un tel pardon laisse la porte grande ouverte à la répétition des atrocités. La société a besoin de pardonner afin d’éviter que ne se perpétuent la rancune, l’acrimonie et la haine qui vont inévitablement mûrir et se traduire par de nouvelles souffrances. La haine ravage nos esprits et ruine la vie des autres. Pardonner signifie briser le cycle de la haine.

Un individu, comme une société, peut tomber sous son emprise, mais ce sentiment n’est pas inéluctable et peut disparaître de l’esprit de l’homme : voyez comme une rivière polluée peut retrouver sa pureté initiale et son eau redevenir potable. Sans la possibilité d’un changement intérieur, l’humanité se trouverait prisonnière de l’enchaînement du mal, du désespoir et des défaites sans fin, qu’elle s’infligerait à elle-même. Un proverbe bouddhiste dit : “Le seul aspect positif du mal réside dans le fait qu’il peut être purifié.” Si l’on se transforme réellement, le pardon qui vous est accordé n’est pas indulgence à l’égard des fautes passées, mais reconnaissance de ce changement. La notion de pardon est intimement liée à l’idée de transformation.

Du point de vue bouddhiste, aux tréfonds de l’homme réside la bonté fondamentale, même chez le criminel. On compare souvent cette réalité à un lingot d’or gisant sous des immondices. En enlevant la saleté, on ne la nie pas mais on en dégage l’or pur.

Malgré le pardon, le criminel ne peut espérer échapper aux conséquences de ses actes. Un repentant sincère ne devrait même pas demander pardon : l’important est de tout mettre en œuvre pour créer, en toute humilité et de tout son être, un bien équivalent au mal qu’il a commis. Comment peut-on demander pardon sans réparation ? Lorsqu’on évoque l’idée du pardon, il faut établir une distinction entre punition et vengeance. La société a le devoir de protéger ses membres, mais elle n’a pas le droit de se venger. Tuer est un mal absolu, qu’il s’agisse de meurtre ou d’exécution légale. Neutraliser et empêcher de nuire n’impliquent ni la vengeance ni les représailles.

Répondre au mal par la fureur et la violence est souvent envisagé comme une réaction courageuse, voire héroïque. Mais le vrai courage, c’est ne pas réagir par la haine. En, 1998, un couple d’Américains se rendit en Afrique du Sud pour assister au jugement de cinq adolescents qui avaient sauvagement assassiné leur fille dans la rue. Ils regardèrent les meurtriers droit dans les yeux et leur dirent : “Nous ne voulons pas vous faire ce que vous avez fait à notre fille.” De même, le père de l’une des victimes de l’attentat à la bombe d’Oklahoma déclara la veille du verdict : “Je ne veux pas d’un mort de plus.” Il ne s’agit pas de parents insensibles. Ils avaient parfaitement compris l’inutilité de l’enchaînement de la haine. Ainsi, pardonner n’est pas excuser mais abandonner la soif de vengeance.

Pardonner ne signifie pas absoudre : on ne triche pas avec la loi des causes et des conséquences. Une personne responsable d’actes odieux souffrira vie après vie, jusqu’à ce qu’elle en ait épuisé le potentiel négatif. Un bouddhiste voyant un homme qui a porté atteinte à autrui pense qu’il est voué à une souffrance proportionnelle à la gravité de ses actes. Cette conscience fait naître en lui non pas une pitié superficielle, mais une immense compassion pour tous les êtres : sans se délivrer de la haine et de l’ignorance, les hommes perpétuent le cycle sans fin de la douleur. Contempler l’horreur de certains crimes doit renforcer cette compassion et l’amour envers tous les êtres plutôt qu’attiser la haine envers quelques uns.

L’être humain n’est pas fondamentalement mauvais, mais il peut facilement le devenir. Notre ennemi le plus féroce n’est pas autrui, mais la haine elle-même. Il ne peut y avoir de désarmement extérieur sans désarmement intérieur. Il faut que tout le monde change et ce processus commence par soi-même.

Matthieu Ricard

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