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La ville des puits
Padma
24/11/2025 09:24:00
24/11/2025 09:24:00

Cette ville était peuplée de puits. Des puits vivants... Mais des puits tout de même.
Les puits se différenciaient les uns des autres, non seulement par l’endroit où ils avaient été creusés, mais également par leur margelle.
Il y avait des puits riches et magnifiques avec des margelles en marbre et en métaux précieux ; des puits humbles faits de briques et de bois et puis d’autres
encore plus démunis, avec de simples ouvertures à même la terre.
Les puits communiquaient par l’intermédiaire de leur ouverture et les nouvelles circulaient rapidement d’un bout à l’autre de la ville.
Un jour, une nouvelle rumeur qui venait certainement d’un village humain, se mit à circuler.
Elle disait que toute être vivant qui s’apprécie, devait soigner plus l’intérieur que l’extérieur. Le plus important n’étant pas l’aspect superficiel mais
le contenu.
C’est ainsi que les puits commencèrent à se remplir de choses.
Certains se remplirent de bijoux, de monnaies d’or et de pierres précieuses. D’autres, plus pratiques, se remplirent d’appareil électroménagers et mécaniques.
D’autres encore optèrent pour l’art, et se remplirent de peintures, de pianos à queue et de sculptures sophistiquées postmodernes. Et puis finalement,
les intellectuels se remplirent de livres, de manifeste idéologiques et de revues spécialisées.
Le temps s’écoula.
La majorité des puits se remplirent à un tel point qu’ils ne pouvaient plus rien contenir d’autres.
Les puits n’étaient pas tous semblables, aussi, si certains se conformèrent avec ce qu’ils avaient amassées, d’autres voulaient trouver une solution pour
continuer à se remplir.
L’un d’eux eut une idée : plutôt que d’entasser le contenu, il pensa qu’il fallait s’agrandir.
Il ne fallut pas attendre très longtemps pour que cette idée soit imitée par tous les autres puits. Ils utilisèrent la plus grande partie de leur énergie
à s’agrandir pour faire le plus de place possible dans leurs intérieurs. Un petit puit, un peu plus éloigné du centre de la ville, s’aperçut que ses camarades
s’élargissaient d’une manière démesurée. Il pensa que s’ils continuaient ainsi, bientôt toutes les margelles se confondraient et chacun perdraient son
identité.
C’est à partir de ce constat qu’il pensa qu’une autre façon d’augmenter sa capacité était de grandir mais pas en s’élargissant, mais en allant plus en profondeur.
Devenir plus profond au lieu de plus large. Il s’aperçut très rapidement que tout ce qu’il possédait dans son intérieur lui entravait la tâche et l’empêchait
de travailler en profondeur. S’il voulait travailler la profondeur, il devait se vider de son contenu...
Au début, il eut très peur du vide. Mais quand il comprit qu’il n’avait pas d’autres possibilités, il le fit.
Vide de ses possessions, le petit puit commença à s’approfondir, tandis que les autres s’emparaient de toutes les choses dont il s’était défaites...
Un jour, quelque chose surprit le puit qui grandissait vers l’intérieur. Dedans, très en dedans et vraiment tout au fond... Il trouva de l’eau !
Jamais auparavant aucun puit n’avait trouvé de l’eau.
Le puit dépassa sa surprise et commença à jouer avec l’eau du fond, en humidifiant ses parois, en aspergeant ses rebords, en sortant l’eau à l’extérieur.
La ville n’avait été arrosée que par l’eau de pluie qui par ailleurs était très rare. Si bien que la terre qui entourait le puit, revitalisée par l’eau,
commença à s’épanouir.
Les semences de ses entrailles se mirent à jaillir sous forme d’herbes, de fleurs, de jeunes troncs qui se convertirent en arbres par la suite...
La vie explosa de mille couleurs scintillantes autour du petit puit éloigné, et on le surnomma « Le Verger ».
Tous lui demandèrent comment il avait réussi un tel miracle.
- « Ce n’est pas un miracle, répondait Le Verger. Il faut chercher à l’intérieur, au plus profond ».
Beaucoup voulurent suivre son exemple mais rejetèrent cette idée quand ils se rendirent compte qu’ils devaient se défaire de leur contenu. Ils continuèrent
de s’élargir et de se remplir de plus en plus...
A l’autre bout de la ville, un autre puit décida de prendre aussi le risque de se vider...
Et lui aussi commença à approfondir...
Et l’eau aussi lui arriva...
Et lui aussi explosa vers l’extérieur, créant ainsi un deuxième oasis dans le village...
- « Que feras-tu quand il n’y aura plus d’eau ? lui demandait-on ».
- « Je ne sais pas ce qui se passera, répondait-il, mais maintenant, plus je sors de l’eau plus il y en a ».
Quelques mois passèrent encore avant une autre découverte.
Un jour, par hasard, les deux puits s’aperçurent que l’eau qu’ils avaient trouvé au fond d’eux-mêmes, était identique...
Que c’était le cour d’eau souterrain qui les alimentait tous les deux en profondeur.
Ils s’aperçurent qu’une nouvelle perspective de vie s’offrait à eux.
Non seulement ils pouvaient communiquer par leurs ouvertures, d’une manière superficielle, comme tous les autres, mais que leur quête les avait enrichi
d’un nouveau et secret contact.
Ils avaient découvert la communication profonde que seul atteigne tous ceux qui ont le courage de se défaire de leur contenu et chercher au plus profond
d’eux-mêmes ce qu’ils ont à donner... »
Auteur inconnu

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